Luc Tuymans Suspended - «Créer une distance intérieure envers l’image»

Luc Tuymans Suspended - «Créer une distance intérieure envers l’image»

04 Feb 2015
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Le Centre de la gravure, notre partenaire de La Louvière, expose l’œuvre imprimé du célèbre peintre contemporain flamand.

Du 7 février au 10 mai, Suspended révèle sur trois niveaux cet univers méconnu et fascinant, en chantier depuis 1989, dont Surrender, une série inédite.

Il y a toujours une émotion parti­culière à découvrir une nouvelle facette d’un artiste. Surtout de la trempe de Luc Tuymans (°1958), célèbre avant tout pour sa peinture figurative qu’il ex­pose depuis 25 ans dans les meilleurs galeries et centres d’art, de Londres à New York. Derrière la success story, il y a aussi les affres de la création et le besoin de prendre ses distances d’avec une pratique qui peut vous saisir à la gorge. Ainsi en va-t-il de l’œuvre im­primé du peintre flamand, qui s’affiche pour la deuxième fois seulement, après La Haye en 2012, au Centre de la gra­vure et de l’image imprimée.

« J’avais arrêté de peindre en 1985 parce que ça m’étouffait, nous dit-il en plein montage de l’exposition qui oc­cupe les trois niveaux de Centre. C’était devenu trop tourmenté. Existentiel. Je n’avais plus assez de distance. » La dis­tance, c’est précisément ce que procure les différents procédés d’impression mis en oeuvre dans l’estampe. La démulti­plication des pierres calcaires, une par couleur, pour la lithographie, les pochoirs interposés entre l’encre et le support pour la sérigraphie, l’aquatinte travaillée à l’acide ou l’encrage direct du support pour le monotype à tirage unique. On ajoutera le film à l’éventail des tech­niques explorées par l’artiste avec une série saisissante, à partir notamment de photographies du Musée juif de Prague.

« La grande différence par rapport à la peinture, c’est qu’il y a une mise en oeuvre par étapes, par transfert. Donc, le mental est très différent », précise Ca­therine De Braekeleer, la directrice du Centre. L’artiste partage également le processus avec son imprimeur et ne re­jette pas l’idée de co-création. On entre ainsi dans cet univers inédit qui frappe par sa diversité. Evidemment Tuymans ne serait pas Tuymans sans son rapport obsessionnel à l’image, qu’il réalise lui-même au moyen d’un polaroid ou d’un smartphone, qu’il repère dans les jour­naux, ou qui émerge de ses propres toiles. « C’était aussi créer une distance intérieure vis-à-vis de l’image, pour­suit Luc Tuymans. Je ne crois pas, par exemple, que toutes les images soient vraies. Je m’en méfie, et des miennes aussi. On doit toujours se méfier, se po­ser des questions. »

« Je ne crois pas que toutes les images soient vraies. Je m’en méfie, et des miennes aussi. »

Pour conjurer l’image qui sub­jugue, l’artiste entreprend de la recons­truire pas à pas. Pour sa série Le Temple (1996), il a travaillé à partir d’un docu­mentaire sur les Mormons et leur grande banque de données personnelles. « J’ai réalisé une aquarelle d’images de ca­méra de surveillance, puis un polaroid de cette aquarelle, puis une aquarelle de ce polaroid, et ainsi de suite. Ensuite, j’ai demandé à mon imprimeur d’éviter le noir et d’utiliser le brun de Van Dyck, ce qu’il n’avait jamais fait. » Fantoma­tique, la série explore comme jamais la frontière entre la représentation du réel et sa dissolution.

« Le résultat est plus précis qu’avec la peinture », ajoute l’artiste, qui alterne les sujets les plus triviaux, comme cet amusant faux Mondrian réa­lisé sur un essuie de cuisine, les natures mortes et l’histoire politique, quand il ne subvertit pas des images d’Épinal. Dans Suspended de 2007, qui donne son titre à l’exposition (photo), il agrandit le dé­cor figé d’un train miniature allemand – « Cette vision du “Heile Welt“ m’a tou­jours gêné ».

On achève avec les derniers mo­notypes de 2014 : Surrender, exposé pour la première fois, la série des Slides, d’après la projection d’une dia transpa­rente, ou un autoportrait qui prend une nouvelle fois la peinture à contrepied. « En fait l’abstraction est beaucoup plus émotionnelle », avance le peintre figu­ratif, qui conclut par cette pirouette : « Je fais abstraction de la figuration. »

XAVIER FLAMENT

Surrender, du 07.02 au 10.05, de 10:00 à 18:00 (fermé le lundi), au Centre de la gravure et de l’image imprimée. +32 (0)64 27 87 27 –
www.centredelagravure.be
Catalogue et tirage de tête édités pour l’occasion.

BUS ON TOUR

JEUDI 05 MARS (09:00 - 18:00) Un bus part à 9 h du parking du Grand Large. Direction Suspended, à La Louvière, puis L’ombilic du rêve (Rops, Klinger, Kubin, Simon) au Musée de Mariemont. Retour à Mons et concert gratuit, à 20 h, de l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie (1, 2, 3, 4 pianos).