Thomas Hirschhorn pense Glissant !

Thomas Hirschhorn pense Glissant !

01 Oct 2015
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Rencontre-débat avec Thomas Hirschhorn

Ma première impression quand je pénètre dans l’atelier aménagé par Thomas Hirschhorn ? Un beau et grand bordel… Des carcasses de télés sont posées face à une montagne de polystyrène elle-même toisée par un portrait géant d’Aimé Césaire ; contre un mur, une pile de chaises. Je m’assois dans un fauteuil couvert de ruban adhésif. Silence, l’artiste est venu nous présenter son travail !

« Suis-je satisfait du résultat que nous offre l’atelier aujourd’hui ? Je ne sais pas ». Ce constat est celui de l’artiste lorsqu’il découvre les changements opérés par les visiteurs à son atelier depuis qu’il l’a monté. Ce constat, Thomas l’explique : « L’évolution de l’espace n’est pas une fin en soi ». Non, le but secret de l’artiste est de faire connaître Edouard Glissant, penseur du métissage et de la mondialisation.


© David Bormans

« Glissant est un artiste très plastique, très dynamique (…) j’ai cette volonté de créer un atelier de sculpture car lui sculpte la pensée dans son travail ».

De l’atelier résulte l’idée d’éternel inachèvement, de création constante. L’occupation de l’espace en est une composante importante. Thomas désigne les plafonds hauts, la toiture vitrée accompagnée de sa structure métallique. Il attire l’attention sur ce sol en béton lisse couleur asperge. « Le lieu est occupé pour autre chose que ce pour quoi il a été pensé à la base ». Dans ma tête, l’espace se structure doucement au fil des éclaircissements de l’artiste.

En octobre 2011, des millions de fans rendent hommage à Steve Jobs en déposant fleurs, cartes de vœux et… post-it ! Thomas nous confie à quel point il trouve antithétique d’associer la marque à la pomme, fleuron technologique, à des petits bouts de papier. Dans cette veine, il pose des extraits de pensée d’Edouard Glissant sur des dizaines de post-it dans toute la salle. « Le non-sens prend sens dans cet espace ». Rien n’est laissé au hasard.


© David Bormans

Les néons entrelacés qui pendent, les murs recouverts de bâches sont installés pour densifier la pièce. Les deux livres agrandis symbolisent la volonté et la possibilité d’entrer dans la lecture de Glissant. Cependant, ces livres ne sont que des coquilles vides. L’effort d’agrandissement s’oppose à l’absence de contenu. Les déchets technologiques portant des messages incongrus, l’amas de polystyrène, la pile de chaises, les ordinateurs,… Toutes les pièces installées par l’artiste sont passées au crible et prennent sens sous les explications enjouées du franco-suisse.

Mon esprit se prend au jeu et, soudain, les matériaux sans valeur apparente se lient et se confondent. Le projet a pour vocation de nous faire vivre une expérience, de nous permettre de profiter de l’espace pour produire toujours plus. Produire des idées, développer la pensée, voilà la vocation de l’atelier.


© David Bormans

 Cette vocation, c’est aussi celle de la ville idéale « Atopolis » enracinée au Manège de Sury jusqu’au 18 octobre prochain. Thomas et vingt-deux autres artistes contemporains y abordent les idées d’Edouard Glissant, l’avenir des cultures et civilisations dans une société où les échanges croissants entre individus produisent nouveauté et inconnu.  Métissage, transferts de cultures, nomadisme, migration sont autant de thèmes abordés dans l’élégant complexe niché en plein cœur de Mons. Expo à ne pas manquer !

Article de Charles Devroye

Atopolis
Manège de Sury

Rue des Droits de l'Homme, 1
(Entrée principale par la rue Damoiseaux)
7000 Mons

Du 13.06.2015 au 18.10.2015
Du mardi au dimanche
12.00 > 18.00