Les gloires de saint Georges

02 Oct 2015
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Le MAC’s, centre d’art contemporain du Grand-Hornu, ose cinq siècles d’art ancien et expose près de 100 représentations de saint Georges, signées Dürer, Le Tintoret ou Signorelli.

Face à cette grande histoire du combat universel du Bien contre le Mal : quatre visions contemporaines, commandées à Giuseppe Penone, David Claerbout, Angel Vergara Santiago et Luc Tuymans.


Laurent Busine, directeur du MAC's

Laurent Busine, vous êtes le directeur du MAC’s et vous avez conçu cette exposition avec Manfred Sellink. Quel a été le point de départ de votre réflexion ?
La représentation de la légende de saint Georges est sans doute la plus diffusée dans l’Occident chrétien. Elle nécessite une grande vivacité de la part des artistes qui s’y emploient. Ils doivent opposer dans un combat deux fictions. La première, évidente, est celle du dragon que personne n’a jamais vraiment vu. La deuxième, c’est celle de saint Georges, car il n’a pas d’ancrage historique précis. L’imaginaire et la créativité des artistes sont mis à l’épreuve et l’on observe une évolution dans la représentation des figures centrales de la légende. Au départ, le dragon est une « bête composite », il devient ensuite un crocodile. Les croisés en avaient vu en Palestine... Aux 14e et 15e siècles, saint Georges est proche du soldat alors qu’à la fin du 15e et au début du 16e siècle, il devient un dandy. On est passé de la chevalerie active à la Renaissance.

 Saint Georges et le dragon sont tous deux liés à des lieux différents.
Le dragon vit dans l’informel. Il y a cette belle peinture d’Uccello qui ne se trouve pas dans l’exposition mais permet de comprendre. À gauche, on voit une grotte et à droite des champs carrés bien délimités. Saint Georges est du côté des champs puisqu’il est aussi l’agriculteur. C’est lui qui crée la barrière entre le cultivé et « l'inculte », le civilisé et le non-civilisé.

Fiction et réalité semblent perpétuellement mêlées dans l’histoire de saint Georges. Était-ce une donnée importante à vos yeux ?
Ce qui m’intéressait, c’était de voir comment on passe de la légende au mythe. La légende traduit en mots, en images, en formules, une histoire qui a un ancrage particulier. Le mythe est plus considérable. On sait qu’avant d’être défi ni par Voragine (auteur de la célèbre Légende dorée qui narre la vie des saints et des martyrs chrétiens, NDLR.), saint Georges apparaît à travers les personnages de Persée, d’Horus, d’Hercule. La figure mythique de l’homme ou du héros, qui doit affronter un monstre revient perpétuellement dans l’Histoire.

Comment avez-vous intégré le travail des artistes contemporains dans l’exposition ?
J’ai demandé à quatre artistes de revisiter le mythe de saint Georges. La vidéo de David Claerbout ne parle pas de saint Georges mais des lieux où peut se passer tout conte de fées. Giuseppe Penone va présenter un arbre en bronze couché et un deuxième, haut de 10 mètres, qui a été foudroyé (photo). On retrouve l’horizontalité du dragon et la verticalité de saint Georges. Angel Vergara Santiago a réalisé une vidéo autour d’une sculpture de saint Georges. Sa main intervient entre l’œil de la caméra et l’œuvre, et il redessine la sculpture. Luc Tuymans a réalisé un tableau qui représente cinq personnes accoudées à une balustrade. Ils regardent en fait le panorama de la bataille de Waterloo – une image de plus, donc. C’est une pièce importante car elle parle de ce que nous faisons dans l'exposition : nous regardons des images anciennes écartées de leur emplacement d’origine.

Pourquoi avoir intitulé l’exposition L’Homme, le Dragon et la Mort ?
Parce qu’il s’agit de l’histoire de tout homme courageux qui prend sa décision et qui est plus fort que le destin. Le sens de l’exposition est de montrer comment, dans une période précise de l’histoire de l’art et de la civilisation, une image a été l’image symbolique du justicier, car la question fondamentale du mal inacceptable et de l’homme courageux qui lutte contre celui-ci est une histoire qui tiendra toujours toute l’humanité.

Propos recueillis par le service culturel du MAC's

Exposition : L'homme le dragon et la mort
MAC's - Site du Grand Hornu
Rue Sainte Louise, 82 7031 Boussu
MAR. > DIM. - 10:00 > 18:00
VISITE GUIDÉE GRATUITE EN SEMAINE - 14:00 / DIM. 11:00 & 14:00
Tarifs: 8 / 5 / 2 €