La Phrase 10/06/15

10 juin 2015
Portrait de Anouck
article de: 
.

ÉCRITURE DU JOUR :

SENS ALLER :

Prudence. Ne vous endormez-­‐pas. Bien des élans, bien des avances, bien de petits sauts pour de plus grands. Bien des passages pour cette broderie de pierre, poser son pas comme le précédent, tout doucement. Ici ombre et lumière, ici (Karelle Ménine) Le jour et peut-­être la nuit. (Victor Hugo, cité par Verlaine, articles, 1893-95) Nous bercent un temps notre ennui. (Vicomte de Colleville, Ephémères, 1895) Sans soleil c’est vrai qu’on est triste. (Charles Cros, cité par Verlaine, articles 1893-­95) Solennellement sans soleil, humble morsure, comme alors sans sel, sucre et sang. (Karelle Ménine) Non ! non ! L’amour n’est pas le printemps anonyme / Qui nous fait verdoyer quand la sève s’anime, / Et si j’ai dit cela, je ne suis qu’un menteur ! (Paul Vérola, Les baisers morts, 1893) L’amour est de plus haute marche. Le voici, la voilà, l’Impertinente, troisième lettre, voyelle solennelle : I rouge, pourpres, sang craché, rire des lèvres belles / Dans la colère ou les ivresses pénitentes... (Arthur Rimbaud, Voyelles, 1872) Mais moi qui fus longtemps un Faune assis sous le feuillage, / Parmi des fleurs, au fond d’un parc abandonné, / où j’épiais, de mon oeil de marbre étonné, / le vol d’un écureuil espiègle ou d’un nuage / Je danse dans l’herbe avec les pieds fourchus (Albert Glatigny, Vignes folles, 1860) comme dansent les pieds d’un Diable que crochèteraient tour à tour, complices et malicieux, tous les Dieux. Ainsi c’est tout Satan qui dégringole, cabriole, file penausement au bas des cieux. Et finalement Diable et Dieu se pardonnent, comme tous les amoureux. (Karelle Ménine)

SENS RETOUR :

Imprudente impudence. Bien des marches encore, bien des reculs, des doutes, et las déjà vous craignez la ressasse et déjà vous pensez : demi-­tour ! Mais vous descendez pourtant, muets comme carpes. Pour qui ? Pourquoi ? (Karelle Ménine) O combien de héros, combien de capitaines ! Qui sont partis joyeux pour les plages lointaines / Ne sont pas revenus. (Victor Hugo, cité par Paul Verlaine lors d’un cycle de conférences données en Hollande, 1892-­93) Mais allons, soldats, ne rompez point voulez-­vous ! La démarche allègre, le pas roitelet, et un et deux et six et dix, suivez le rang s’il vous plaît, en sifflotant. Garde à vous avec au coeur ce (Karelle Ménine) noir corset velu des mouches éclatantes / Qui bombillent autour des puanteurs cruelles, / Golfes d’ombre. (Arthur Rimbaud, Voyelles, 1872) Et toi, le petit, qui est en avance, (Karelle Ménine) Accueille avec un bouquet / Le vainqueur, s’il est coquet ; / Vide devant sa bannière / Ta corbeille printanière, / Et tant pis pour les blessés / qui râlent dans les fossés ! / (Gabriel Vicaire, A la bonne franquette, 1892) C’est ainsi que veux-­tu. C’est la guerre, la haine, que veux-­tu, pousse dans les dos. Soldats, en rangs de pierre, vos marches, toujours, ont repris, tant pis pour les pissenlits. (Karelle Ménine) Trop soi pour se pouvoir souffrir, / L’esprit à sec et la tête ivre, / Fini, mais ne sachant finir, / Il mourut en s’attendant vivre / Et vécut, s’attendant mourir. (Tristan Corbière, Les amours jaunes, 1873 ) Ich hatt’ einen Kameraden, Eine Kugel kam geflogen, Ich hatt’ einen Kameraden, Mein guter Kamerad! (d’après Der Gute Kamerad, Ludwig Uhland, 1809)