La Phrase 15/04/15

15 avr 2015
article de: 
Karelle M.

 

ÉCRITURE DU JOUR :

Fauve avec des tons écarlates / Une aurore de fin d’été / Tempétueusement éclate / A l’horizon ensanglanté. / La nuit rêveuse, bleue et bonne / Pâlit, scintille et fond dans l’air, / Et l’Ouest dans l’ombre frissonne / Se teinte au bord de rose clair / La plaine brille au loin et fume. / Un oblique rayon venu / Du soleil surgissant allume / Le fleuve comme un sabre nu. / Le bruit des choses réveillées / se marie aux brouillards légers / Que les herbes et les feuillées / Ont subitement dégagés. / L’aspect vague du paysage / S’accentue et change à foison. / La silhouette d’un village / Paraît. Parfois une maison / Illumine sa vitre et lance / Un grand éclair qui va chercher / L’ombre du bois plein de silence. / Çà et là se dresse un clocher. / Cependant, la lumière accrue / Frappe dans les sillons les socs / Et voici que claire, bourrue, / Despotique, la voix des coqs / Proclamant l’heure froide et grise / Du pain mangé sans faim, des yeux / Frottés que flagelle la bise / Et du grincement des moyeux, / Fait sortir des toits la fumée, / Aboyer les chiens en fureur, / Et par la pente accoutumée, / Descendre le lourd laboureur, / Tandis qu’un choeur de cloches dures / Dans le grandissement du jour / Monte, aubade franche d’injures / A l’adresse du Dieu d’amour ! (Paul Verlaine, L’Angélus du matin, 1867-­73) Recueille toi ô passager, à la fête du vent frais et sa traînée de lumière. (Karelle Ménine)