La Phrase 19/08/15

19 aoû 2015
Portrait de Anouck
article de: 
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ÉCRITURE DU JOUR :

 

Singulièrement plurielle, 

L’encre saignante  

des baisers de Sade 

pamoisa les âmes 

des foules naviguant 

en ce siècle Lumières. 

(Karelle Ménine)

 

Les femmes accoutumées à se dominer toujours, savent beaucoup mieux que vous autres, messieurs, renfermer leurs volontés et leurs désirs dans les bornes de la raison.  

(Les affinités élèctives, Johann Wolfgang von Goethe. 1809)

 

 Je n'étais plus en état de répondre ; déjà dans l'ivresse moi-même. (Justine ou les malheurs de la vertu, Marquis de Sade, 1791)

 

 

La liberté de la lumière est inextinguible.

Toujours renaissante et disant : encore ! 

Résurrection d’étoiles 

Mélange de poussières 

Revoici être le monde. 

(Karelle Ménine)

 

S’écouter, se lire n’ont d’autre effet que de suspendre l’occulte, l’admirable secours. Je ne me hâte pas de me comprendre (baste ! je me comprendrai toujours). Si telle ou telle phrase de moi me cause sur le moment une légère déception, je me fie à la phrase suivante pour racheter ses torts, je me garde de la recommencer ou de la parfaire. Seule la moindre perte d’élan pourrait m’être fatale. Les mots, les groupes de mots qui se suivent  pratiquent entre eux la plus grande solidarité. Ce n’est pas à moi de favoriser ceux-ci aux dépens de ceux-là. C’est à une miraculeuse compensation d’intervenir. (André Breton, Manifeste du surréalisme, 1924, Gallimard, poche, 1963, p.46)

 

Se voir soudain et enfin inversé. 

Tout intimement se retourne. 

Et avec joie on se dit : juste. 

(Karelle Ménine)

 

Je venais de tenter une de mes dernières chances poétiques : il s’agissait de la rencontre fortuite – et pourtant certaine – d’une femme que je n’avais pas encore vue, mais dont le parfum s’amoncelait à l’horizon comme une nuée d’orage. C’était, dans le dédale infini des possibilités, une conjoncture semblable à celle qui se présente dans certains jeux de hasard dont il est impossible de refaire le circuit tant il est vrai que la plupart des circonstances ne se représentent jamais / Autour de moi régnait le plus complet silence. (Fernand Dumont, La région du Coeur, août 1934)

 

Rencontre clandestine des regards. 

Inutiles paroles qu’il ne faut prendre alors. 

Rien se dire pour ne rien déflorer ou rompre. 

Sentir battre, obcordiforme, un amour nouveau. 

Le vent du Sud ouille à rebord les âmes vidées mélancoliques, 

Retiens-toi aux éclats de mer si tu crois la terre ténébreuse, 

Se détourner de l’inquiétude exige moins que de la mort, 

et au fond le vide est bien plus doux lorsqu’on s’y jette à corps. 

Trophée opime, emporter avec soi un rien d’une autre chair, comme on vole un fruit mûr en chemin buissonnier. 

L’amour et l’avenir labourent, pareillement friands et impertinents, un jardin inconnu. 

C’est ici que commence l’élégance souveraine des oiseaux : 

aucun ciel panniforme ou obscur n’effraient ou ne renversent jamais leur danse désinvolte. 

(Karelle Ménine)

 

« Aujourd’hui je fus un arbre et je le reste » dis-tu. 

(Achille Chavée, journal 1944, p51)

Pour prendre racine ailleurs puisqu’ailleurs est royaume. 

Que l’on s’étrange enfin, les yeux fermés épris des impossibles. 

L’imagination – virtuosité de l’errance - n'endosse aucune loi arbitraire, 

aucun abcès de conscience, aucun abcès de foi, 

aucun mauvais esprit, d’aucune mauvaise réputation, 

aucunement fermée, en aucun cas frontière, 

pour d’aucuns à satisfaire et tous à resurprendre. 

(Karelle Ménine)

 

Artère

Arrête

Ad hoc

Epine

Elève

Rosier

Roseau

Rocher

Volcan

Verger

(Karelle Ménine)

 

Keine Panik, wird sind schließlich keine Anfänger. 

Das Leben fragt, wann gesungen werden wird. Jetzt. Jetzt ist die Fußgängerampel grün. 

Unser Können wird dieses Mal auf eine harte Probe gestellt werden. 

Der Name DADA wurde in einer "Chronique Zurichoise" benutzt.

DADA ist kein Laboratorium für formale Gedanken. DADA zerstört die Gehirnschubkästen. DADA bedeutet nichts. 

(Karelle Ménine)

 

… Elle va  / comme une lampe hagarde / à travers l’obscurité / tant de recherches / tant de battues / tant de pas inutiles / la voilà disaient-ils / en secouant leurs torches / sur un paquet de neige oublié par l’hiver. D’autres se sont enfoncés si loin / qu’ils se sont  à jamais perdus / On raconte qu’elle est entièrement nue /  Je ne la cherchais pas quand je l’ai rencontrée. Sa chevelure se confond avec les ténèbres mais elle a des yeux d’aube et j’ai senti battre son Cœur / Les étincelles de feu montaient jusqu’aux étoiles / Silence. (Fernand Dumont, La grande nocturne, 1941)

a e ou o youyouyou i e ou o youyouyou drrrrrdrrrrdrrrrgrrrrgrrrrrgrrrrrrrr… beng bong beng bang où vas-tu iiiiiiiiupft machiniste l’océan a o u ith a o u ith i o u ath a o u ith o u a ith… 

(Tristan Tzara, Pélamide, vingt-cinq poèmes, 1918)

Silence. (Karelle Ménine)

 

On me demandait un jour il y a quelques temps, ce que j’avais vu de plus beau. La question, 

posée en société, provoqua les réponses les plus variées – sinon les plus sincères. On parla de couchers de soleil, de sapins sous la neige, que sais-je encore… Pour moi, je répondis, spontanément, que c’était son corsage  la première fois que je l’avais ouvert. Une telle réponse je la maintiens encore et, quitte à provoquer ici le rire des niais, j’affirme que rien au monde, rien de ce qu’il m’a été donné de voir, ne m’a tant rapproché de l’idée de perfection je veux dire – cela va de soi – de perfection de vie. …/… Le soir même, à peine couché, je sentis soudainement l’irruption d’une de ces phrases qui semblent assurées à l’oreille par quelque invisible personnage : « Aux peines que nous prenons de ne penser que l’un à l’autre… » …/… J’écrivis d’un trait le premier poème du recueil… (Fernand Dumont, A ciel ouvert, 1937)