La Phrase 29/07/15

29 juil 2015
Portrait de Anouck
article de: 
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ÉCRITURE DU JOUR : 

 

J’adresse mon plus grand sourire à F. Dumont, à C. Goemans, à P. Colinet, par delà la grande barrière où ils me restent aussi proches que jamais. Il faut qu’entre nous nous fassions l’impossible pour désarmer l’adversité. (Lettre d’André Breton à Achille Chavée, 15.01.1962)

Cette nuit là, l’étoile du hasard sortit de la mer contre toute attente, malgré la défense des astronomes qui se félicitaient d’avoir banni l’imprévu. …/… Dans les milieux scientifiques on parlait à voix basse, mais au dehors, l’habitude allait et venait comme toujours. Le jeune homme arriva sur la terrasse du building où l’élégance du monde organisait son concours annuel. Il prit la plus belle sur ses épaules et sauta dans la rue qui, cinquante étages plus bas, ressemblait à un boulier compteur. Mais alors que la plupart de ceux qui font semblable geste éclatent sur le trottoir comme un simple fruit mûr, le jeune homme et la beauté (L’Usage de la parole, F. Dumont, 1940) La beauté et le jeune homme (Karelle Ménine) partirent en souriant vers l’horizon marin. C’était absolument contraire à l’opinion généralement admise, mais on finit par découvrir l’explication du phénomène. L’auteur de la découverte affirmait que seuls ceux qui voulaient se suicider s’écrasaient sur le sol. Or, comme jusqu’au jour de cette aventure inouïe, tous ceux qui s’étaient précipités dans le vide l’avaient fait pour en finir avec la vie, on ne s’en était jamais aperçu. L’auteur de la découverte fut exécuté et l’on se mit immédiatement à la poursuite du jeune homme de la première heure. Malgré tout, l’inquiétude commençait à répandre une couleur d’orage analogue à celle qui s’élève du roucoulement des pigeons. Elle redoubla lorsqu’on s’aperçut avec stupeur qu’une force inconnue avait intercepté les câblogrammes qui devaient annoncer la nouvelle au monde entier. Cependant, les recherches minutieuses pour identifier le jeune homme restaient aussi vaines que l’effort des geysers pour éteindre l’œil clignotant des astres qui nous font signe de leur balcon depuis toujours comme les femmes sans amour.  (L’Usage de la parole, F. Dumont, 1940)

Pour la société actuelle, la poésie c’est du rêve, c’est à dire de l’irréel …/… Il faudrait venger ce mot en lui rendant son sens primitif et vrai, en montrant qu’il est au contraire la réalité essentielle parce qu’il unifie la pensée et l’action et que le retour à l’humanité synthétique ne pourra se faire qu’en rétablissant dans sa dignité antique et dans son sens social le Poète - Pour le public de nos jours, le poète est celui qui fait des vers, et il ne lit pas de - Le malentendu est tellement complet qu’il appelle poétique ce qui est gentil, précieux, joli, artificiel, bref ce qui est le contraire de la poésie. (Poésie et littérature, Emile Sigogne, Touring Club de Belgique, 1914)

Après plusieurs années de tâtonnements, j’avais fini par découvrir, en 1932, qu’une prose à contenu poétique soutenue par la trame d’un récit convenait infiniment mieux à mon tempérament – « souvent distrait, il se révélait surprenant » (Christine de Bruycker, Cendre de lune, inédit, 1930) - que le poème. (Fernand Dumont, Dialectique du hazard au service du désir, 1940, publié en 1979) 

Il s’agit d’aboutir à une nouvelle déclaration des droits de l’homme. (Louis Aragon, une vague de rêves, 1924)

Tant va la croyance à la vie, à ce que la vie a de plus précaire, la vie réelle s’entend, qu’à la fin cette croyance se perd. (André Breton, Manifeste du surréalisme, 1924) L’homme rêveur. (Karelle Ménine) L’homme, ce rêveur définitif, Définitivement être rêveur de jour en jour plus mécontent de son sort, Pour se faire bien voir d’une femme qui passe dans la rue : ............................................................................................................................................... (André Breton, Manifeste du surréalisme, 1924)

Pour faire des discours : Chacun a en soi l’étoffe d’un orateur - Par le surréalisme il surprendra dans sa pauvreté le désespoir. Un soir sur une estrade, à lui seul il dépècera le ciel éternel, cette Peau de l’Ours. Il promettra tant que tenir si peu que ce soit consternerait. Incapable de défaillance, il jouera sur le velours de toutes les défaillances. (André Breton, Manifeste du surréalisme, 1924)

Ce n’est pas la crainte de la folie qui nous forcera à laisser en berne le drapeau de l’imagination. (André Breton, Manifeste du surréalisme, 1924)

Avant – après et cependant 

Avant tout et au contraire 

Avancement contre En recul 

Après ce ne sera plus possible. 

(Karelle Ménine)

Je fais en dansant ce qu’on fait, ce qu’on va faire, au bal des ardents un saut dans le vide, d’abord. (André Breton, Manifeste du surréalisme, 1924)

regarde mes cheveux ont poussé les ressorts du cerveau sont des lézards jaunis qui se liquéfient parfois / le pendu / troué / arbre / le soldat / dans les régions boueuses où les oiseaux se collent en silence chevalier astral / tapisseries fanées / acide qui ne brule pas à la manière des panthères dans les cages le jet-d’eau s’échappe et monte vers les autres couleurs / tremblements / souffrance ma fille du rien bleu et lointain /ma tête est vide come une armoire d’hôtel / dis-moi lentement les poissons des humbles tremblent et se cassent /

quand veux-tu partir /  le sable / passe-port /désir / et le pont rompre à tièrce résistance / l’espace / policiers / l’empereur / lourd / sable / quelle meuble quelle lampe inventer pour ton âme / septembre de papier gaz / dans l’imprimerie / je t’aime les citrons qui gonflent sur la glace nous séparent ma mère mes veines (Tristan Tzara, Le grand complainte de mon obscurité deux, vingt-cinq poèmes, 1918)