Les identités à l’heure du numérique

04 mar 2015
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© Sergine Laloux

La chorégraphe Michèle Noiret s’empare d’un Radioscopie, l’émission de Jacques Chancel, consacré à Conrad Detrez, poète belge brutalement éveillé au contact de l’Amérique du Sud.
Le metteur en scène Jean-Michel Van den Eeyden s’intéresse pour sa part à Jean Louvet, auteur louviérois et apôtre du théâtre ouvrier.

S’il est une artiste qui trouve parfaitement sa place dans la programmation de VIA, c’est bien Michèle Noiret, danseuse, chorégraphe et passionnée par les liens entre la danse et les possibilités offertes par la technologie. Dans Radioscopies, qui sera créé à Mons, elle invente une forme hybride baptisée « court-métrage scénique ». Un mélange de chorégraphie, de théâtre et de cinéma dont elle a le secret. « À l’époque de Vertèbres, au milieu des années 80, j’avais eu l’occasion de travailler avec une caméra, se souvient-elle. À l’époque, on n’avait pas ça sous la main facilement. C’était un truc assez gros que j’avais installé dans le studio avant de m’asseoir face à l’objectif. J’avais ensuite fait l’exercice de penser à des choses très diverses en me filmant afin de voir ensuite si mon expression changeait selon mes pensées. »


Une expérience qui va ensuite nourrir son imaginaire. « J’ai toujours eu envie d’aller chercher ce qu’on ne voit pas, ce qui se passe à l’intérieur, ce qui est caché. À l’époque, ce n’était pas conscient mais avec le recul, je constate que cela revient dans tout mon travail. » 

Et pour aller chercher cela, elle va faire appel à l’image filmée mais aussi au son. « Pour En Jeu, j’ai rencontré Todor Todoroff et Stephan Dunkelman que je retrouve d’ailleurs pour Radioscopies. Je cherchais des compositeurs de musique électronique et ils étaient plongés dans ce domaine. Sur ce spectacle, ils ont eu l’idée d’installer des micros-contact sur le plancher. Lorsque je marchais dessus, le son de mes pas était diff usé tel quel ou transformé par Todor, à l’ordinateur. Comme le son ne nous satisfaisait pas, on a placé des bouteilles en plastique écrasées sous les planches afin de créer des sons plus complexes. C’était un mélange de technologie et d’artisanat. Et ça l’est toujours. »


La chorégraphe a ainsi inventé des pièces où les danseurs étaient suivis par des caméras sur scène mais aussi en coulisses et parfois jusque dans la rue... sans qu’on sache si les choses se passaient en direct ou si tout cela était le fruit d’une habile mystification. Elle a aussi fait danser ses interprètes dans des images géantes d’eux-mêmes et fini par inventer dans Hors-Champ, un véritable concept de danse-cinéma.

Dans Radioscopies, elle s’inspire de déclarations de l’écrivain Conrad Detrez interviewé par Jacques Chancel. Un matériau à partir duquel elle construit une fi ction pour deux danseurs évoluant dans son studio de répétition en partie reconstitué sur scène de manière troublante. Un nouveau pas dans le mariage entre danse et technologie où les images fi lmées sur le plateau seront parfois mixées et transformées en direct. Histoire, une fois encore, de découvrir cet autre chose qui se cache derrière les choses.

 

JEAN-MARIE WYNANTS

 

Radioscopies , le 12.03 à 21:00 ; les 13.03 et 14.03, à 20:00, au théâtre Le Manège. € 11,00. Le 14.03, à 18:30, rencontre Digital Memories sur l’identité wallonne et francophone, avant le spectacle (gratuit). Dans le cadre du Festival Via. Vous en voulez plus ? Rendez-vous devant la façade de la Faculté polytechnique de l'U-Mons pour découvrir City Light, le mapping inversé de Numédiart. Fascinant.