MONSens – Rencontre avec les commissaires

09 mar 2015
article de: 
.
MONSens_Michel Delannoy, le Doudou de Mons II, 2009. © coll. art & marges musée

Lauréat d’une des vingt-deux bourses à projets lancées par la Fondation Mons 2015, MONSens est un ambitieux projet socioculturel qui ouvre les esprits sur la différence. Ce projet est divisé en deux volets, respectivement nommés L’art brut d’hier et d’aujourd’hui et Interaction, qui mettra à l’honneur l’art asilaire, brut et outsider. Rencontre avec les deux commissaires, Carine Fol et Yolande de Bontridder, qui nous en dévoilent plus sur cette aventure au cœur des arts marginaux.

ENTRETIEN

Pouvez-vous nous dire à quoi l’on devra s’attendre avec les deux volets du projet MONSens ?

Carine Fol : Le projet MONSens est divisé en deux parties. La première s’appelle L’art brut d’hier et d’aujourd’hui et est un projet qui a été initié par les plateformes de santé mentale de la région hennuyère - Charleroi/Centre et Picarde. On va y présenter des œuvres de l’art brut,  traiter de l’évolution du sens de l’œuvre pour les créateurs et les découvreurs, et pour les artistes eux-mêmes. L’exposition regroupera des œuvres historiques et des œuvres découvertes au sein des institutions membres ou auprès de créateurs isolés. La deuxième partie se nomme Interaction, mais je vais laisser Yolande vous en parler.

Yolande de Bontridder : Avec Carine, on a invité sept artistes contemporains et nous leur avons demandé de créer une œuvre, dont le processus de réalisation se fera exclusivement avec les résidents des différentes maisons du Carrosse. Depuis deux ans maintenant, les artistes proposent aux participants des sites du Carrosse de s’immiscer dans leur processus artistique.

Carine Fol, comment se déroulera l’exposition L’art brut d’hier et d’aujourd’hui ?

L’exposition s’attardera sur l’évolution du regard porté sur l’art brut. Il faut savoir que l’art brut est toujours découvert par des personnes qui ne sont pas les artistes eux-mêmes, dans la mesure où ils ne se considèrent pas comme tels. Ce sont des personnes singulières qui vivent dans la marginalité, parfois au sein d’institutions psychiatriques. C’est pour toutes ces raisons que l’accent de l’exposition est mis sur le regard que l’on porte sur ces œuvres. Il est aussi question de la manière dont on les découvre et de la signification qu’on leur donne. Au début du 20e siècle, les psychiatres vont découvrir au sein de leurs institutions l’art asilaire. Puis, en 1945, Jean Dubuffet qualifiera ces créations d’« art brut », leur donnant ainsi une toute nouvelle connotation. Il ajoutera également à cet ensemble d’autres personnes singulières comme des médiums ou le facteur Cheval, que tout le monde connaît. Ensuite, on regardera les œuvres exposés en tenant de se glisser dans la peau de l’artiste. L’objectif est de comprendre comment l’œuvre donne un sens à l’existence de son créateur. Enfin, l’exposition se terminera sur le Schizomètres de Marco Decorpeliada. Avec cet œuvre, l’artiste désire mettre en parallèle le DSM-IV, l’ouvrage de classification des maladies mentales, et le guide Picard des surgelés pour remettre en question la catégorisation de ces maladies, mais aussi des œuvres qu’on classifie comme art brut. C’est un questionnement sur la classification des œuvres.

Yolande de Bontridder, dans le cas d’Interaction, quels sont les projets des artistes invités ?

Il y a Lise Duclaux qui réalisera un observatoire des simples et des fous, un champ de 800 m², constitué de fleurs sauvages et médicinales, dont les résidents du Carrosse pourront observer l’évolution. Emilio Lopez-Menchero réalisera une performance qui sera une promenade dans Mons, avec des cabezudos réalisés par les résidents. L’artiste Mireille Liénard, a fait réaliser des dessins aux résidents qui seront la source d’inspiration de son œuvre. Nous avons aussi Yves Lecomte, dont l’œuvre sera plus conceptuelle. Il y aura des miroirs recouverts de graphites qui donneront une autre forme de regard, comme à travers un miroir dépoli. Cléa Coudsi et Eric Herbin feront une œuvre sonore et interactive qui sera présentée au BAM. Il y aura également Caroline Rottier qui proposera la pièce de théâtre DADA qui sera joué à l’auditorium Abel Dubois. La dernière, c’est Tinka Pinttoors qui est créera une installation très colorée à partir des éléments qu’elle a créés avec les résidents.

Qu’est-ce qui vous a motivé lors du projet MONSens ?

Yolande de Bontridder : Tout d’abord, ce qui nous a marqué, c’est que toutes les personnes impliquées par le projet l’ont vécu comme une expérience riche. Que ce soit les résidents du Carrosse, que les membres du personnel ou les artistes invités. 

Quelles sont vos attentes pour MONSens ?

Carine Fol : On aimerait aussi que MONSens soit un projet qui vive à long terme. Il ne faut pas que ce soit simplement un atelier avec un artiste qui vient pendant une période donnée, mais une réflexion sur la créativité. De s’interroger sur le sens que ça donne à l’existence des personnes handicapées de participer à un projet collectif et d’être regardées, non pas comme des personnes différentes, mais des individus qui apportent quelque chose. On souhaite donner une autre dimension au regard que l’on porte sur la différence. Le grand message de ce projet est que nous sommes tous des individus qui avons un rôle à jouer dans la société. Ce projet est une ouverture vers la différence.

 

Propos recueillis par Benjamin Delautre

 

Projet MONSens. Une coproduction de la Fondation Mons 2015, du Pôle muséal de la Ville de Mons, Le Carrosse s.a. et des Plateformes de concertation pour la santé mentale (Picardie, Centre et Charleroi) et PsycArt ASBL (Bruxelles).