MONSens, une exposition brutalement bouleversante

25 aoû 2015
article de: 
Po B. K. L.

MONSens ne se limite pas à l'exposition au BAM. Il est multiforme et se prolongera hors les murs avec DADA, un projet de théâtre inclusif où seize résidents du Carrosse s'empareront de la scène de l'auditorium Abel Dubois avec humour, audace et poésie les 4, 5, 6 et 8 septembre prochains

Mélange de théâtre, danse et musique, cette première en Belgique francophone est l'aboutissement d'une inspiration commune des acteurs et de la metteuse en scène Caroline Rottier. L'expérience MONSens commencée au musée poursuit donc sa route sur les marches du spectacle vivant. Retour sur cette exposition dédiée à l'art brut qui se tient au BAM jusqu'au 6 septembre.

 

Art brut

Cet art considéré « en marge » défie les conceptions de l’Art par ses univers surprenants, honnêtes, violents, 'naïfs', intenses, d’une expression bouleversante. Présenté au BAM (Beaux-Arts Mons) à travers l’exposition MONSens, il invite les visiteurs à reconsidérer leurs conceptions. Qu’est-ce l’art ? Cette question en suspens et sans réponse finale interroge les sens et les émotions des spectateurs. Nous avons pu en faire l'expérience durant une visite avec les deux commissaires Carine Fol et Yolande De Bontridder.

Carine Fol et Yolande de Bontridde © Po B. K. Lomami

MONSens combine deux projets dans un même lieu. Le premier volet, initié par les Plateformes de concertation pour la santé mentale (Picardie, Centre et Charleroi), s’intéresse à l’évolution du « sens » donné aux œuvres par les découvreurs (psychiatres, artistes), les créateurs et les spectateurs à travers la confrontation d'œuvres historiques et contemporaines.  Le deuxième volet quant à lui présente le résultat d’ateliers rassemblants artistes contemporains et résidents du Carrosse (foyer de vie pour adultes présentant une déficience mentale situé à Saint-Symphorien (Mons)). Peintures, sculptures, dessins, installations, sons, théâtre, musique, danse se rencontrent. Si l’exposition traite de l’art brut, certaines œuvres questionnent cette classification et bousculent les considérations académiques. Carine Fol nous présente ce projet.

 

 

 

 

 

 

 



© Po B. K. Lomami
 

L'art brut d'hier et d'aujourd'hui

Le premier volet se nomme « L’art brut d’hier et d’aujourd’hui ». Le choix des œuvres est très hétéroclite. Cela se ressent dès la première salle appelée « Le Foisonnement » qui plonge les visiteurs dans l’univers de créateurs très différents avec des œuvres très chatoyantes, fortes, expressives. La visite se poursuit avec plusieurs chapitres en commençant par la psychiatrie et l’art asilaire regroupant des pièces très emblématiques de collections internationales qui racontent les premiers pas de leur prise en considération comme des créations à part entière. S’en suit un chapitre sur le tournant de l’art brut de Jean Dubuffet, premier théoricien de cet art dès 1945, avec une grande diversité d'oeuvres pour montrer que cette notion rassemble aussi bien des personnes qui ont travaillé en milieu psychiatrique que des médiums comme Augustin Lesage, mineur qui devient peintre suite à l’appel d’une voix ou encore Henry Darger aux milliers de pages et dessins.

© Po B. K. Lomami

Le propos de l’exposition démontre aussi qu’à travers le vingtième siècle ces création de milieux et d’artistes autodidactes divers ont été mises dans des catégories différentes, que ce soit « l’art des fous », « l’art brut »ou « l'art outsider ». Carine Fol, commissaire de ce volet, désire en ouvrir la lecture en ne mettant pas seulement l’accent sur l’aspect existentiel ou l’état mental de la personne qui crée mais en portant aussi à la lumière l’impact que l’œuvre a sur l’artiste, une sorte de nouvelle existence, et sur le spectateur, un effet bouleversant. Cela pose beaucoup de questions sur les limites et non-limites de l’œuvre d’art. L’exposition se laisse davantage découvrir que raconter, mais Carine Fol vous dit déjà quelques mots sur les belles surprises finales.













 


© Po B. K. Lomami

Les œuvres exposées n’ont pas toujours été créées avec la conscience de faire une œuvre d’art ou avec l’ambition de montrer au public. Carine reste donc très prudente par rapport à son pouvoir de commissaire. Elle tient à rencontrer les artistes chaque fois que cela est possible afin de discuter de la façon d’exposer leurs œuvres. Un des messages fondamentaux de son projet est de rester humble, d’avoir un respect pour l’autre quel qu’il soit, dans toutes ses identités que ce soit un artiste professionnel ou considéré comme différent.

© Jean-François Berhin

Retrouvez l'interview complète de Carine Fol en cliquant ici


Interaction

Le second volet de l’exposition, « Interaction », présente le résultat d’ateliers mêlant artistes contemporains (Cléa Coudsi et Eric Herbin, Lise Duclaux, Yves Lecomte, Mireille Liénard, Emilio Lopez-Menchero, Caroline Rottier et Tinka Pittoors) et résidents du Carrosse. Il exprime un signal fort quant à l'inclusion des personnes considérées comme ayant une déficience mentale dans la société mais brise aussi les codes d'une exposition classique par l'expression et le questionnement qu'il impose que ce soit avec un champ de fleur, une capsule sonore géante ou encore un défilé de têtes monumentales face à de sombres miroirs. Il me semble que cela soulève même la question, plus importante encore, de la co-inclusion, c'est-à-dire la capacité des artistes et des visiteurs à se repenser eux-mêmes en présence de l'autre. Celle-ci se relfète jusque, si pas d'abord, dans le vocabulaire employé et ce qu'il comporte de sens et souvent de violence, parfois inconsciente ou inconsidérée. La qualité et la créativité artistique exposées renversent inévitablement les perspectives et nous renvoient notre propre regard après se l'être d'abord accaparé. A nous de le soutenir. 

​© Po B. K. Lomami

Par ces divers ateliers de musique, de théâtre, d’art-plastique (dessin et sculpture), de botanique et autres, « Interaction » est une grande aventure qui relie le milieu des résidents à celui des artistes reconnus. Recherches, questionnements, conflits, dépassements de limites, techniques précises, déplacements des statuts sociaux et créavité, les résidents sont au coeur et artistes-acteurs de ce projet d'art contemporain. C'est un processus créatif long et riche qui ne s'arrêtera pas à l'exposition mais se poursuivra à travers les ateliers désormais installés dans les institutions praticipantes. Yolande De Bontridder, co-commissaire de ce volet, nous en explique sa conception.

 

 

 

 

 

 

 



© Cédric Huon


En-dehors des cadres, en-dehors des murs

Au-delà du plaisir de la découverte offert aux visiteurs, il est important de ne pas dénuer l'art de son bagage politique. L'art brut, outsider de l'art contemporain, vit un grand tournant depuis plusieurs années. Il s'en trouve petit à petit démarginalisé mais devient aussi par ailleurs la cible d'un marché avec ses inégaltiés de pouvoir pour des artistes en situation de vulnérabilité. La reconnaissance porte toujours en elle un enjeu de taille mais les clés se trouvent peut-être dans ce qu'est l'art brut lui-même, une expression spontanée et directe, ou ce qu'il n'est fondamentalement pas, une intellectualisation pour concept rentable. Les possibles sollicitations insistantes, les tentatives de contrôle extérieur, les pressions à l'académisation ou encore la soumission au marché vont à l'encontre même de l'art brut et du travail de Dubuffet. Une façon de résister est encore de refuser d'effacer la vie des artistes, racine de chaque oeuvre. Ce sont des pistes de réflexion que je vous propose d'emmener avec vous.



MONSens est une exposition à voir et ressentir qui se prolonge hors les murs du musée. Jeu de scène, danse, œuvre participative et échanges permettent au public de sortir du cadre. A découvrir :

  • Dada : Dada est un spectacle de danse/théâtre inclusif créé et joué par 16 résidents du Carrosse, deux comédiennes, une danseuse et cinq musiciens de jazz. Dirigé par Caroline Rottier, ce spectacle multidisciplinaire allie notamment l'humour et l'audace. Les représentations auront lieu les 4, 5 6 et 8 septebmre 2015 à l’auditorium Abel Dubois. Pour en savoir plus : MONSens - Dada, la différence avec humour et poésie
     
  • L'observatoire des simples et des fous : Étendue d'herbes sauvages et médicinales
    L’observatoire des simples et des fous est une étendue d’herbes en forme d’ellipse avec en son centre un marronnier. Créé par l’artiste Lise Duclaux pour les résidents du Carrosse, ce champ se veut un lieu de rencontre, d’échange et d’observation du mouvement de la vie. A voir jusqu'au 26 septembre.

Découvrez également les coulisses du projet à travers nos articles et vidéos ainsi que toutes les informations sur l'exposition sur le site de MONSens :

"MONSens, l'art est un mensonge"

"MONSens, rencontre avec les commissaires"

Site de MONSens
 

MONSens
20.06 > 06.09
Du mardi au dimanche de 10h à 18h

BAM (BEAUX-ARTS MONS)
Rue Neuve, 8
7000 Mons
DADA
04, 05 et 08.09 à 20h
06.09 à 15h

Auditorium Abel Dubois
Esplanade Anne-Charlotte de Lorraine, 0
7000 Mons
L’observatoire des simples et des fous
Performance
12.07 et 13.09 à 15h
Pique-nique atelier
04.07, 22.08, 05.09 et 26.09 de 11h à 16h

L'observatoire des simples et des fous
Avenue G. Maigret 39
7030 Saint Symphorien


Po B. K. Lomami