Vous cherchez toujours le revolver de Paul Verlaine ?

02 oct 2015
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21 heures, à mon bureau. Je dois être le dernier. Il n’y a que l’éclairage de ma lampe qui perce l’obscurité. Silence. Et tout à coup, cette sonnerie de téléphone qui retentit et me sort brusquement de l’apathie dans laquelle je glissais.
— Monsieur Bousmanne ?
Lui-même. Silence, la voix reprend son souffle.
— J’ai peut-être quelque chose qui vous intéresse...
J’attends une seconde, mon cœur s’arrête de battre.
— Vous cherchez toujours le revolver de Paul Verlaine ? »

ET VERLAINE TIRA SUR RIMBAUD


Paul Verlaine, Arthur Rimbaud fumant la pipe. Dessin, 1872. © Coll. Charleville-Mezières Mediathèque – Musée Arthur Rimbaud Voyelles

Parce qu’il a tiré deux coups de revolver sur Rimbaud, Verlaine sera incarcéré à Mons pendant presque deux ans. L'exposition Verlaine, Cellule 252 qui se tiendra au BAM à partir de ce mois d’octobre sera l’occasion unique de découvrir le récit épique de cet immense poète qui fi t de sa vie le cahier de brouillon, sincère autant qu'amer, de son œuvre. Découvert par Bernard Bousmanne, le commissaire de l’exposition, le revolver le plus célèbre de la littérature n’a encore jamais été dévoilé au public et sera l’une des pièces maîtresses de cette exposition, qui débute avec la relation des deux poètes et se poursuit à travers le procès et les années d’emprisonnement de Verlaine à Mons. On retrouve ensuite le poète en Belgique, plus de vingt ans plus tard, a aibli mais admiré par les plus grandes fi gures artistiques de son époque, tels que Stéphane Mallarmé, Emile Verhaeren ou Félicien Rops.

‘T SERSTEVENS, JUGE DES BONNES MŒURS


Le juge Théodore ‘t Serstevens, photographie de Schwarz, vers 1873. © Bibliothèque royale de Belgique.

On connaît peu l’identité de cet homme méthodique, droit dans ses principes et ses jugements qui décida du sort de Verlaine. Le lendemain de l’arrestation, le juge ‘t Serstevens se saisit de l’affaire. Les premières dépositions en main, il s’attache moins aux coups de revolver qu’aux indices qui laissent entrevoir ce qu’il juge comme une relation immorale entre les deux hommes.

UN PÉTARD À DEUX COUPS


Revolver Lefaucheux © Coll. privée 

Confisqué par la police après l’arrestation du poète, le revolver avait finalement été remis à l’armurerie Montigny où Verlaine l’avait acheté. Un siècle plus tard, cette même armurerie remettait son commerce et offrait l’arme à R., un collectionneur privé, demeurant en Belgique. Après analyses balistiques et recoupements historiques, il est plus que vraisemblable que ce revolver soit bien celui que Paul Verlaine acheta à Bruxelles le 10 juillet 1873, et avec lequel il tira sur Rimbaud.

DÉBARQUER À L’AMIGO EN PANIER À SALADE


Voiture cellulaire avant restauration © Andy Craps

Le modèle qui sera présenté lors de l’exposition est la dernière « voiture cellulaire » existante en Belgique. C’est dans un véhicule de ce type, « un panier à salade » comme l’écrira Verlaine, que le poète a été transféré de l’Amigo (aujourd’hui l’un des hôtels les plus chics de Bruxelles), lieu de détention provisoire, à la prison des Petits-Carmes et, ensuite, de cette prison à la gare qui devait l’emmener à Mons.

RIMBAUD, LE BEAU SATAN


Coin de Table d’Henri Fantin-Latour ©Paris, musée d’Orsay

C’est en septembre 1871 que Verlaine accueille chez lui le jeune poète Arthur Rimbaud. Débute entre les deux hommes une relation passionnelle qui bouleversera profondément la vie personnelle mais aussi l’œuvre de Verlaine. Le 8 juillet 1873, Rimbaud rejoint son compagnon à Bruxelles. Deux jours plus tard, lorsque Verlaine revient ivre à leur hôtel, son revolver dans la poche, Rimbaud lui annonce qu’il veut le quitter et rentrer à Paris...

PRISON RIME AVEC VERS LIBRE


Prison de Mons, Carte postale, vers 1900. © Coll. privée

« J'ai naguère habité le meilleur des châteaux. Dans le plus fin pays d'eau vive et de coteaux : quatre tours s'élevaient sur le front d'autant d'ailes. Et j'ai longtemps, longtemps habité l'une d'elles. » Ainsi s’exprime Verlaine à sa sortie de prison. C’est à Mons que Verlaine sera incarcéré. Au régime de la pistole, il bénéficie de quelques privilèges. C’est là qu’il écrira parmi ses plus beaux poèmes – dont les Romances sans paroles. Ce recueil de poésie marque une rupture fondamentale dans son œuvre. Désormais affranchi de la rime, le poète ouvre la voie au vers libre. Alors emprisonné, il ignore qu’il sera plus tard admiré par les plus grands écrivains et artistes, tels que Stéphane Mallarmé ou Emile Verhaeren, et suivi par les mouvements artistiques et littéraires de son époque. C’est à Mons encore qu’écoutant la rumeur et le bruit de la ville, par-dessus les toits, il songe et écrit : « Qu'as-tu fait, ô toi que voilà / Pleurant sans cesse /Dis, qu'as-tu fait, toi que voilà / De ta jeunesse ? »

Article de Charlotte Benedetti

Exposition : Verlaine, Cellule 252
17 OCT. 2015 > 24 JAN. 2016
MAR. > DIM. - 10:00 > 18:0
BAM - Rue Neuve, 8 7000 Mons
9€/12€ (Ticket combiné avec Parade Sauvage)